Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

dimanche 21 février 2010

Une Guerre des Étoiles québécoise...

LE RETOUR D’UN JEDI DEVENU SEIGNEUR SITH


Une allégorie inspirée de la saga La Guerre des Étoiles (Star Wars)


Le Québec politique vit présentement les séquelles d’un véritable tremblement de terre survenu le 16 février 2010, alors que l’ex premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, participait au forum portant sur les cent dernières années politiques au Québec, évènement organisé à Montréal par l’INM dans le cadre du centenaire du journal Le Devoir.

L’épicentre de ce tremblement terre est la déclaration choc de Lucien Bouchard stipulant que l’indépendance du Québec (quoi que monsieur Bouchard se déclare toujours souverainiste) n’est plus réalisable. Lucien Bouchard y va d’une seconde déclaration en prétendant que le Parti québécois se radicalise dans le présent débat identitaire, notamment sur la question du port de signes religieux ostentatoires dans les institutions publiques. Rien ne sert de répéter le concert de désapprobations suscitées par telles déclarations de la part de l’ancien premier ministre du Québec, qui observait jusque-là une réserve sur ce genres de questions depuis sa démission de janvier 2001. Le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux, mettait en relief cette sortie de réserve de Lucien Bouchard, dans son éditorial du 19 février 2010 : « voyant Lucien Bouchard accepter sans hésitation aucune notre invitation à participer à ce débat sur 100 ans de vie politique au Québec que nous organisions pour souligner le centenaire du Devoir, nous avions vite compris qu'il sortirait de la réserve qu'il avait observée ces neuf dernières années. Ses propos de mardi soir ont été d'une vigueur inattendue ».


De notre perspective, cette sortie et déclarations de Lucien Bouchard n’étonnent aucunement. Il s’agit en fait d’une simple suite tout à fait logique d’un cheminement depuis que le principal intéressé a quitté le parlement d’Ottawa en janvier 1996, pour venir prendre la direction du Parti québécois et devenir premier ministre du Québec, alors que Jacques Parizeau avait démissionné presqu’au lendemain du référendum perdu d’octobre 1995.


Le 15 janvier 1996 fut en effet la dernière journée de Lucien Bouchard au parlement d’Ottawa. Jean Chrétien, alors Premier Ministre du Canada (l’Empereur Palpatine de notre allégorie), convoque son ancien adversaire bloquiste à ses bureaux pour un au-revoir transformé en quasi sommet privé et à huis clos entre les deux hommes.


On ne saura jamais savoir ce qui y est échangé comme propos dans le bureau du Premier Ministre Chrétien le 15 janvier 1996, mais une chose est certaine,
la conduite de Lucien Bouchard s’est métamorphosé à l’égard de la cause de l’indépendance nationale du Québec par rapport à celle qu’il avait avant ce 15 janvier 1996 : souvenons-nous simplement de sa campagne référendaire aux côtés, puis devant Jacques Parizeau, permettant aux sondages stagnants de passer de 38% à 49% à la veille du référendum. C’est assez éloquent, et comment oublier la passion l’ayant animé durant cette campagne, mettant en relief entre autre, son charisme légendaire?

Ce qui s’est dit entre Jean Chrétien et Lucien Bouchard le 15 janvier 1996 personne ne le sait hormis les deux intéressés. Mais le comportement de Lucien Bouchard consécutivement à cette rencontre est d’autant plus révélateur. Observons certains faits historiques :

  • Dès que Lucien Bouchard entre en fonction comme premier ministre du Québec, son discours et ses actions s’orientent comme on le sait très bien vers l’atteinte de l’objectif du déficit budgétaire zéro. Nul besoin de rappeler le fameux sommet convoqué par Lucien Bouchard visant à faire émerger un consensus des forces vives du Québec vers cet objectif en apparence louable. Je dis bien en apparence.

  • Parallèlement à ce nouveau mantra (l’atteinte du déficit zéro), Lucien Bouchard développe l’idée des fameuses conditions gagnantes pour s’autoriser à l’appel d’un éventuel nouveau référendum sur l’indépendance nationale du Québec. Séduisant au départ pour plusieurs, cette idée a rapidement déplut aux troupes souverainistes. Lucien Bouchard creusait lentement le fossé le séparant désormais de ceux que l’on surnomme les « purzédurs ».

  • L’atteinte du déficit zéro va demander des sacrifices herculéens au peuple québécois. Lucien Bouchard va profiter de ce contexte pour asseoir son idéologie économique conservatrice et nous verrons peu à peu la place de l’État dans les affaires publiques reculer dans toutes sortes de domaines. Car ne l’oublions jamais, Lucien Bouchard est un idéologue conservateur, de la même école de pensée que Stephen Harper et Jean Charest. Ayons aussi à l’esprit qu’un conservateur arrive au pouvoir avec une hache bien acérée dans les mains, et puis on coupe, on coupe et on coupe.

  • L’objectif de l’atteinte du déficit zéro au Québec va mettre le système de santé sans dessus dessous. Qui ne s’en rappelle pas? La mise à la retraite de milliers de travailleurs de la santé, médecins et infirmières entre autres, dans le seul but de montrer pattes blanches aux grands magnats de Wall Street, afin que le Québec puisse ne pas être décoté sur les marchés des institutions financières prêteuses dans le monde. Cette œuvre de Lucien Bouchard est une destruction en règle du système de santé au Québec, dont nous payons encore le prix aujourd’hui!

  • A force de répéter à ses membres du Parti québécois ayant leur ras-le-bol de son discours sur conditions gagnantes, Lucien Bouchard se voit forcé en janvier 2001 à la démission tant comme chef de son parti et comme premier ministre du Québec.

  • Après une retraite très éloignée du monde politique et des médias, Lucien Bouchard émerge soudainement de son silence en octobre 2005 en présentant le désormais manifeste des Lucides, accompagné de ses onze autres signataires, curieusement tous des idéologues de la droite au Québec dont voici les plus connus: Joseph Facal, Pierre Fortin, Claude Montmarquette, Guy St-Pierre (ancien ministre libéral), et André Pratte, (un autre véritable seigneur Sith) un fédéraliste notoire, l’un des éditorialistes les plus vindicatifs à l’égard de la cause de l’indépendance nationale du Québec. La lecture de ce manifeste met en lumière un véritable plaidoyer destructeur des acquis sociaux-démocrates de la Révolution tranquille. Lucien Bouchard est incapable de se contenter de l’avoir fait dans le système de santé, maintenant il veut mettre par terre ce sur quoi la nation québécoise s’est construite au cours des quarante dernières années. Deux points à retenir de ce manifeste : une hausse des tarifs d’électricité (et l’objectif visé est la parité par rapport à ce qu’il se paye ailleurs sur le continent nord-américain) et le dégel des frais de scolarité (toujours avec le même objectif de la parité par rapport à ce qui se paye ailleurs sur le continent nord-américain). Lorsque Lucien Bouchard présente ce document il laisse clairement entendre que même avec l’avènement de l’indépendance nationale du Québec, les supposés défis financiers et économiques du Québec seront le mêmes. Plus insidieux que ça on meurt, non ? Ce discours est applaudi à chaudes mains par les André Pratte et compagnie de ce monde bien sûr. Cette sortie de réserve de l’ancien premier ministre du Québec nous en réserve d’autres.

  • Quelques temps après, Lucien Bouchard déclare presque à mots couverts que les Québécois sont des paresseux. On ne travaille pas assez, on ne fournit pas assez d’efforts au travail, bref nous sommes une bande de fainéants. En plus de vouloir détruire nos acquis sociaux les plus précieux, héritage de la Révolution tranquille, voilà que Lucien Bouchard mine le moral du peuple au Québec. Pour réussir une œuvre destructrice, il faut d’abord saborder le moral des troupes: vérité de la Palice.

  • Puis il y a cette « deuxième démission » comme le titrait l’éditorial de Bernard Descoteaux le 19 janvier dans Le Devoir, face à la cause de l’indépendance nationale du Québec. Quelques commentateurs pensent, et ils ont probablement raison, que Lucien Bouchard prépare un retour en politique active avec la possible intention de fonder un nouveau parti politique. Le Jedi d’autrefois est mort, voilà le seigneur Sith Dark Vador prêt à accomplir son œuvre ultime.

En observant le parcours de Lucien Bouchard depuis son départ de la colline parlementaire d’Ottawa en 1996, je ne cesse de faire le parallèle entre son parcours par rapport au cheminement d’Anakin Skywalker. Ce chevalier Jedi était prédestiné à rétablir l’équilibre dans la Force, entre les bons et les méchants de la saga Star Wars. On sait ce qui s’est passé : Anakim Skywalker fut insidieusement emmené vers le côté obscur de la Force sous l’impulsion de l’Empereur Palpatine, puis il est devenu le seigneur Sith Dark Vador. Sur son passage tout n’est que destruction (c’est l’histoire de Star Wars dans les épisodes I, II et III) parce qu’Anakim Skywalker avait renié sa vocation fondamentale.


Au lendemain du référendum perdu de 1995 et après avoir brillé comme l’un des plus grands espoirs de la cause de l’indépendance nationale du Québec, Lucien Bouchard est prié par le clan souverainiste de prendre la direction du PQ et de devenir premier ministre du Québec. Curieusement, après être passé en quasi sommet au bureau de Jean Chrétien avant de quitter Ottawa en janvier 1996, on ne reconnaît plus le Lucien Bouchard de la campagne référendaire.

Depuis avril 2003 le Québec vit une période que j’ai qualifiée récemment comme étant «
Les Années Ténébreuses ». En quoi avons-nous besoin de prolonger cette période en permettant aux Forces obscures de placer un véritable seigneur Sith à la tête de notre nation ? Où sont donc les Obi-Wan Kenobi et maître Yoda de notre allégorie pouvant enfin faire surgir le véritable libérateur Jedi Luke Skywalker?

Normand Perry.
Soulanges au Québec.
En ce dimanche 21 février 2010, 15h40.

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