Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

vendredi 1 juillet 2011

Ça sent les élections…

Alors qu’il termine un voyage d’affaires en Europe, le premier ministre prépare sa rentrée québécoise en dévoilant son cheval de bataille électoral, cheval qu’il a exhibé aux Européens en espérant susciter l’intérêt d’investisseurs potentiel dans le Plan Nord.

Selon lui (le premier ministre du Québec), le Plan Nord est un projet mobilisateur, ayant la capacité d’unir les Québécois autour de cette idée de lancer le Québec pour vingt-cinq ans dans ce projet de développement territorial, économique et social sans précédent dans l’histoire du Québec. Ce premier ministre pense même que ce « grand » projet est un projet de société que les Québécois aiment chérir. « Les Québécois aiment bien avoir un projet devant eux », rapporte Cyberpresse alors que le premier ministre du Québec déjeunait en compagnie du plus haut responsable politique de Bavière. La table est donc mise pour présenter au peuple du Québec un très très « grand » projet qu’ils veulent avoir devant eux. Le prétexte d’une élection automnale est parfaitement ciré et lustré pour la justifier.

Cela c’est le beau côté de la médaille.


Si l’on comprend donc assez bien les intentions du premier ministre du Québec, le principal enjeu de la prochaine élection sera le Plan Nord, un très très « grand » projet désiré par les Québécois. Il faudra donc que les autres formations politiques (nombreuses au Québec, dont quatre officiellement dénombrées à l’Assemblée nationale du Québec) présentent à leur tour un grand projet mobilisateur au Québécois afin d’offrir une alternative équivalente.

En nous basant sur ce qui est proposé sur son site web, Québec Solidaire offre un projet articulé en 8 points que nous résumons très brièvement : 1) développer une économie écologiste et solidaire; 2) maîtriser nos conditions de vie et de travail; 3) renforcer nos services publics; 4) combattre toute forme d’exclusion et de discrimination; 5) appuyer les familles et reconnaître leur contribution citoyenne; 6) valoriser la langue française et la culture québécoise; 7) faire du Québec un pays par la souveraineté populaire; 8) favoriser la solidarité entre les peuples dans le monde. Pour des gens convaincus par les idées sociale-démocrates, c’est mon cas, ces propositions sont inspirantes et mobilisatrices. Pour des gens restant à convaincre par les idéaux de gauche, ce programme (présenté ainsi) représente un problème de communication et n’est guère accrocheur. Québec Solidaire va devoir trouver une façon originale de se présenter à la population lors de la prochaine élection, en tentant de développer une idée mobilisatrice et en faire son leitmotiv. Sans quoi cette formation ne passera pas le test de la popularité. C’est triste à dire, mais vaut mieux être prévenant et aller au-devant des coups. Il y a du travail à faire ici mes amis au plan des communications.

Le site web de l’ADQ accueille quant à lui ses visiteurs avec un slogan « Pour un Québec automne ». On me permettra ici de faire l’économie d’une description de la section « Dossier » du site où l’on retrouve les six points où s’articule le programme de ce parti. Faire l’économie de description par une certaine allergie aux idées de droite et ultra individualiste, faisant fie de la communauté d’individus qui aspirent à autre chose que de vivre en simple agrégat au sein d’une même société.

Quoiqu’absente sur les bancs du Salon Bleu de l’Assemblée nationale du Québec, la CAQ de François Legault quant à elle fait jaser, beaucoup jaser, tant et si bien que les Québécois, de manière presque aveugle, sont prêt à lui confier le pouvoir tant ils en ont marre des odeurs de corruption depuis 2003 et qu’ils n’en peuvent plus d’attendre après un parti qui dans la forme promet un pays qu’il n’offre plus en substance. Alors à défaut de confier à un parti crédible la gouvernance de sa nation, le peuple Québécois préférera, selon la tendance dans les sondages depuis janvier 2011, de confier son avenir politique et sociétal à un parti qui n’a encore aucune existence. Faut moyennement avoir été abusé dans sa confiance pour faire une telle chose. Il n’en demeure pas moins que les trois grands axes de réflexion propulsés par le groupe de Legault ont au moins le mérite d’une audace, une audace qui semble plaire à la population du Québec. Tant en éducation, en santé qu’au plan économique, (la culture est un autre axe à nous présenter bientôt), on voit la nette volonté dans ce groupe de lancer un débat public centré sur des idées. Je trouve à tout le moins intéressant le slogan portant sur l’économie : « Une économie de propriétaire et non de succursales ». De nature à éveiller l’entrepreneuriat caractéristique des Québécois, ce qui est louable en soit, ce slogan éveille aussi une autre grande préoccupation, que Legault tente pourtant de repousser de toutes ces forces : celle de l’idée de l’indépendance du Québec. La première grande succursale qu’il faudrait transformer en propriété collective est bel et bien la nation québécoise. Et tant et aussi longtemps que cette réalité sera reléguée aux oubliettes, tout projet de grande réforme de la société québécoise au plan politique, économique, social et culturel sera toujours en butte au grand patron de la succursale, un patron situé à Ottawa. Le Québec ne peut aspirer, ni à de grands projets mobilisateurs pas plus qu’à de grandes réformes tant qu’il ne possédera entièrement les leviers de contrôle en mains.

La seule formation politique qui aurait pu être en mesure de présenter un seul grand projet mobilisateur et ainsi offrir un vrai choix à la nation québécoise est le PQ. Vous avez sans doute noté le temps employé dans cette dernière phrase, qui « aurait pu être » (passé conditionnel)? Suite aux évènements des dernières semaines au PQ (démission de quatre députés du caucus) et antérieurement l’adoption au dernier Congrès de ce parti de la « gouvernance souverainiste » (qui dans ma perspective ne vaut pas mieux que « l’affirmation nationale » de Pierre-Marc Johnson), il m’est devenu assez clair que ce parti politique a scellé son avenir vers le caveau funéraire. Bernard Landry a eu cette phrase caractéristique de ce que pourquoi ce parti existe : « le PQ a été fondé pour faire l’indépendance nationale et non pour gouverner ». La substance par laquelle ce parti a pris forme est évaporée et la forme qui demeure aujourd’hui n’inspire personne dans la population. Son chef actuel illustre très bien l’indifférence parfaite que peut avoir aujourd’hui l’ensemble de la classe politique à l’égard des profondes aspirations du peuple qu’ils n’écoutent jamais! Une seule chose peut éviter un sort semblable, voir pire que celui qu’a subi le Bloc Québécois le 2 mai dernier est un putsch, un putsch éjectant à la fois son chef actuel et la tiédeur devenue caractérielle du PQ à l’égard de sa mission et de sa raison d’être : l’indépendance nationale du peuple du Québec. Pour sauver ce parti du caveau funéraire qui l’attend, il lui faudra un chef n’ayant qu’un seul et unique leitmotiv, un projet de société mobilisateur que la nation québécoise appelle de tous ces vœux : l’avènement d’un pays. Que l’on en fasse un enjeu d’élection! On prend le pouvoir et on déclare l’indépendance. Cette proposition électorale n’a jamais été LA proposition du PQ et dans l’état actuel des choses c’est peut-être la stratégie électorale qui pourrait encore sauver la peau de ce parti.

L’envers de la médaille.

Le Plan Nord deviendra vraisemblablement le motif et le cheval de bataille d’une élection automnale au Québec. Le premier ministre, dans son entêtement habituel, s’est créé une petite ritournelle dans sa tête se convainquant lui-même, une fois de plus sans écouter vraiment personne dans la population, que ce projet sera le projet que veut le peuple. Ce n’est vraiment pas après avoir fait le tour de quelques cuisines, terrasses et lieux de socialisation des gens au Québec qu’il a pu tirer de telles conclusions. Non, strictement après avoir fait un voyage d’affaires en Europe. Mais pour créer un projet mobilisateur pour une nation, encore faut-il que celui qui le lance ait une certaine crédibilité auprès de ces commettants pour réussir à le faire. Et la crédibilité de ce premier ministre au Québec présentement, disons que je ne parierais pas même ma camisole la plus usée sur ce facteur par les temps qui courent. Saviez-vous que lorsque ce Plan Nord fut officiellement présenté au printemps dernier, que l’un des premiers concernés par ce plan, le Chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador aurait été invité à cette conférence de présentation à la dernière minute et par courriel? Il me semble qu’en matière de diplomatie il y aurait eu mieux à faire pour impliquer l’un des interlocuteurs de premières lignes dans ce projet, non?

L’un des arguments que le premier ministre a évoqués pour justifier l’importance de ce très très grand projet qu’est le Plan Nord, toujours selon Cyberpresse, dans l’engouement qu’il pourrait créer, est le fait qu’il serait tellement mobilisateur que cela pourrait permettre de « régler » un autre problème, celui du multipartisme au Québec. D'ailleurs, il (le premier ministre) souligne que ce « problème » n’est pas unique au Québec, mais qu’il est observable un peu partout dans le monde occidental. Ah bon, voilà que nos démocraties occidentales, paraît-il, s’accommodent de moins en moins avec la multiplication des tendances et partis politiques! Et pendant ce temps-là dans certaines autres parties du monde, on se bat jusqu’à livrer sa vie pour faire advenir la démocratie. Mais quel curieux paradoxe, ne trouvez-vous pas?

Inconsciemment le premier ministre ce faisant confesse deux choses : 1) qu’il veut régner en roi et maître sur le Québec pour achever l’œuvre destructrice qu’il a entamée depuis avril 2003 et 2) que la présence de plusieurs joueurs dans l’arène politique actuelle lui font craindre une défaite écrasante à cette prochaine élection. Décidément en matière d’audace, la droite néolibérale use de tous les subterfuges possibles et inimaginables pour assurer son règne oligarco-ploutocrate.

Et s’il y en a pour croire que le Plan Nord à la sauce PLQ va permettre aux Québécois de s’enrichir, ils feront bien de se documenter et d’analyser la présence des acteurs sous-jacents à ce plan : il faut bien avoir à l’esprit qu’une poignée d’industriels du secteur privé vont s’en mettre un gros « motton »dans les poches alors que nos sous-sols leur a été vendu ou sur le point de l’être pour une bouchée de pain. Et pendant ce temps, la nation québécoise s’en sera fait passer une autre p’tite vite en ramassant les quelques miettes qu'il en restera, s'il en reste!

De Soulanges en ce 1er juillet 2011,

Normand Perry