Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

dimanche 30 mars 2014

Le doute méthodique et une campagne électorale

La campagne électorale qui se déroule présentement au Québec, et ce, jusqu’au 7 avril prochain, aura été, en ce qui me concerne, l’occasion de vivre un cheminement intellectuel largement inspiré du doute méthodique du philosophe René Descartes.
Bien avant la campagne
Environ un mois avant le déclenchement des hostilités électorales au Québec, soit le 5 février dernier, dans « Une imposture qui se dévoile au grand jour... » j’ai voulu mettre en évidence les hypocrisies du PQ qui, s’accaparant hypocritement de la question nationale, s’en sert comme d’un prétexte pour nous imposer un régime de gouvernance appuyé sur le capitalisme néolibéral. L’arrivée du candidat Pierre-Karl Péladeau, certainement pas reconnu comme étant le plus grand des sociaux démocrates au Québec allait me donner raison quelques semaines plus tard. Je tiens à signaler que les propos tenus dans ce billet ont suscité l’appui de Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, entre autre. La prise de position que je prenais dans ce billet (combattre le néolibéralisme) me positionnait alors, au seuil de la campagne électorale, en faveur de Québec solidaire.
Le doute méthodique
Cependant, lorsque nous voulons être le plus conformes possible face à nos idéaux et à nos choix politiques, nous ne pouvons demeurer fixés sur un seul point pour déterminer et conforter nos choix. Si le combat en faveur d’un système économique visant la plus grande équité possible entre toutes les personnes qui composent une société est fondamentale en ce qui me concerne, il y a d’autres valeurs qui sont importantes, et je le sais bien.
Par exemple, sur la question de la laïcité. Bien que je sois un homme de foi, et pratiquant de cette foi à l’intérieur de l’Église orthodoxe, je pense que les affaires de l’État n’ont pas à être, et ce en aucune manière, mêlées à celle d’une organisation religieuse de quelque type qu’elle puisse être. La pratique de la foi relève de chaque individu dans la sphère privée. S’il est vrai que je suis porteur d’un système de valeurs lié à la pratique de ma foi, il est tout aussi vrai que mes concitoyens ont le droit ne pas se voir imposer, de quelque manière que ce soit, mes valeurs religieuses. Ce qui est d’autant plus vrai dans les affaires de l’État. L’État n’a pas à favoriser une religion par rapport à une autre, il n’a pas à représenter quelque organisation religieuse ou foi que ce soit. En ce sens, la Charte des valeurs proposée par le gouvernement sortant m’apparaît avoir beaucoup de mérites. D’ailleurs cette charte m’apparaît comme une nécessité dans notre histoire présente au Québec. J’avoue avoir un léger inconfort par rapport à la position de Québec solidaire sur cette question. C’est à ce point précis que le doute s’installe dans mon esprit.
C’est alors que je décide de faire tabula rasa à la manière de Descartes, et que je remets tout en question de A@Z. Puis je me mets à examiner tous les programmes électoraux qui sont présenté à la population québécoise. Et j’en arrive au constat suivant : partout, et dans tous les programmes des différents partis, il y a des choses avec lesquelles je suis en désaccord, ce que j’exprime dans « Terminus ». Pour refaire un choix en vue de l’élection du 7 avril, je décide alors de procéder par élimination. D’emblée, les programmes du PLQ, de la CAQ, et tout ce qui est franchement à droite, fédéraliste ou sans position constitutionnelle qui soit franche et claire sont éliminés de facto. Restent en liste Option Nationale, le Parti Québécois et Québec Solidaire.
Le « pitchage » de boue
De mémoire d’homme, je pense n’avoir jamais été témoin d’une campagne électorale aussi sale et peu digne de la part de gens qui veulent diriger une société. Mais le pire se retrouve assurément sur les réseaux sociaux : Twitter et Facebook tout particulièrement. On y retrouve toutes sortes de ragots et d’amanchures plus abracadabrantes les unes que les autres autres. Comment s’étonner alors que le commun des mortels ne sombre pas dans un cynisme politique propre à décourager même les gens de raison qui désirent faire leur devoir de citoyen en allant voter? C’est la raison pour laquelle j’ai voulu exprimer ce dégoût généralisé dans « À notre service, vraiment? ». Le citoyen qui veut exercer son devoir d’état présentement au Québec, n’a d’autre choix que celui de faire abstraction des jeux de lutte dans la boue, en s’en tenant aux plateformes et programmes électoraux pour en arriver à faire le choix qui corresponde le mieux, et le plus, à ses valeurs les plus profondes. Je me suis définitivement résolu à ce procédé pour y voir aussi clair que possible et faire un choix éclairé.
Après le doute, la peur
Après avoir usé de ce processus de doute méthodisé, mais avant d’en arriver à un choix final, il y a eu des moments de craintes et de peurs. Cela est arrivé au moment où les sondages ont indiqué une avance majoritaire du PLQ. Je me suis demandé de quelle façon l’on pourrait empêcher une telle chose sans recourir au vote stratégique. Le vote stratégique étant l’abandon de nos convictions les plus fortes qui nous mène vers une formation politique où les chances de prendre le pouvoir sont, en apparence, les moins probables à court terme, et ce, en faveur d’un parti politique qui a le plus de chance de barrer la route à une formation politique que nous ne voulons vraiment pas voir aboutir au gouvernement.
Dans les médias sociaux, cette carte de la peur est jouée à fond pour justifier le vote stratégique et empêcher la division du vote. Par exemple, on stipule qu’un vote en faveur de QS est un vote favorisant l’élection du PLQ. Je m’excuse, mais on pourrait en dire tout autant de la CAQ qui fait des jobs de bras en faveur du PQ en allant chercher du vote Libéral. Voyons-donc! Si nous ne pouvons guère choisir le parti politique qui colle le mieux à nos idéaux, alors nous ne sommes plus en démocratie, mais en dictature avec ces fausses histoires de division du vote.
Le PLQ et le PQ sont aussi responsable l'un que l'autre de leur non-action en ce qui a trait à la réforme électorale que tout le monde attend au Québec; si nous avions un véritable mode de scrutin proportionnel, les divisions de votes ne pourraient plus être évoquées pour justifier la volonté ferme de deux grands partis à ne pas laisser des formations autres de prendre part à la démocratie québécoise. Vous tous, les gens qui répandent tous ces ragots de division du vote au nom du PQ ou du PLQ, vous n'avez que vous-même à blâmer : réformez le système et vous n’aurez plus de souci de cet ordre à vous faire!
Mais l’heure était grave. Dans cet état de choses, j’en suis venu à proposer l’idée d’une alliance entre Québec Solidaire et le Parti Québécois pour barrer la route au PLQ. C’est ce qui m’apparaissait comme étant le moindre mal sans recourir à l’appel au vote stratégique. J’ai eu beau inviter autant les Solidaires que les Péquistes à engager un dialogue, mais il semble bien que chacun se soit campé dans ses certitudes.
Refaire un choix clair, solide et définitif
Juste avant le dernier débat télévisé des chefs au début de la semaine du 26 mars, j’en arrivais presque à la conclusion de mon doute cartésien. Je me suis placé une feuille sur une table et ai listé les points qui m’apparaissaient les plus importants, pour leur accorder une note de 1 à 10 (1 le plus faible, 10 le plus fort). De tous ces points, je n’ai conservé au final que ceux qui avaient une note supérieure à 7 pour retrouver les priorités suivantes et dans l’ordre :
1. Système économique équitable (anti-néolibéral)
2. Indépendance du Québec
3. Langue et culture françaises
4. Éthique, morale et combat de la corruption-collusion
5. Laïcité et égalité des sexes
6. Écologie et exclusion de l’exploitation pétrolière
À partir de ces priorités, je me suis prêté au jeu de la Boussole électorale pour en revenir au point de départ, avant le doute cartésien : Québec solidaire sera mon choix pour cette élection 2014.
Vous remarquerez peut-être que les chefs et leurs caractéristiques particulières n’ont eu à peu près aucune influence dans ce qui m’a conduit à effectuer ce choix. Pourtant les médias et les publicités jouent très fort cette carte de la personnalité du chef, mais il faut avoir conscience qu’au Gouvernement du Québec et à l’Assemblée nationale, ce sont les programmes politiques de chacune des formations qui guident l’action du gouvernement élu. C’est donc à la lumière de ces programmes qu’un citoyen avisé et désireux de faire son devoir avec responsabilité devrait se laisser guider, plutôt que de l’être par l’émotion du jour, selon les humeurs des politiciens ou en suivant les tendances que certains médias présentent dans le but d’orienter l’électorat.
S’il est vrai que notre système démocratique est déficient de plusieurs façons au Québec et qu’il nécessite une réforme en profondeur, il est tout aussi vrai que le citoyen a un devoir qu’il ne peut ni ne doit prendre à la légère, alors que sa vie quotidienne est déterminée par les décisions qui seront prises par des élus en fonction du vote qu’il aura exercé préalablement.


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Ce billet est également publié sur:

- Le Huffington Post Québec.

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