Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

jeudi 18 avril 2013

Just watch us!


Il semble bien que pour Justin Trudeau, le fait que l'Assemblée nationale du Québec adopte une motion unanime (fait rare) au nom du peuple du Québec, demandant d'avoir accès à toutes les informations relatives au rapatriement constitutionnel de 1982 où son paternel a joué un rôle central, que ce soit donc pour le fils une chose très très secondaire. Car voyez-vous «pour l’instant, c’est une question d’accès à l’information et bien que la Loi sur l’accès à l’information doit être mise à jour, je ne trouve pas que c’est important de rouvrir ces vieilles chicanes» déclarait le principal intéressé le 16 avril 2013

Puis comme pour ajouter l'injure à l'insulte Justin Trudeau, dans une arrogance typique de son paternel à l'égard du peuple du Québec, jetait sur les épaules de René Lévesque tout l'odieux de cette « non-signature » du Québec à cette constitution. Tout compte fait et à la lumière des informations nous provenant du livre « La Bataille de Londres » de Frédéric Bastien, l’on comprend qu'il en est mieux ainsi d'ailleurs!

Mais dites-moi Justin Trudeau: si nous suivons bien votre raisonnement, le fait de  vous refuser à l'idée de faire la lumière sur ces événements de 1982 constitue dans votre perception le fait de mettre à jour ce qui fut de vieilles chicanes, n'est-ce pas?

Est-ce que le fait d'admettre ainsi que les événements du rapatriement de la constitution en 1982 soient en effet de vieilles chicanes, n'admettez-vous pas du même souffle de manière implicite que ce Canada fondé par votre paternel ne le fut pas dans la concordance entre la nation canadienne et la nation québécoise? Est-ce admettre aussi que ce rapatriement de 1982, sans l'accord du Québec par son premier ministre d'alors René Lévesque, est en fait un véritable coup de force et un coup d'état constitutionnel, comme l'évoque le livre de Frédéric Bastien? Est-ce avouer tout en même temps que le Québec est actuellement et depuis 1982 soumis contre son gré à une constitution qu'il ne reconnaît pas de facto

C'est cela la vieille chicane que vous vous refusez de voir, alors que le Québec vient d'exprimer par la voix unanime de ses élus à l'Assemblée nationale sa volonté que toute l'information relative aux événements du rapatriement de la constitution de 1982 lui soit intégralement accessible ?

Faut-il donc conclure monsieur Trudeau que la vérité est le cadet de vos soucis en tant que chef d'un parti politique fédéral, et comme aspirant Premier ministre d'un pays fondé sur une constitution, dont la légitimé est plus que douteuse, à la lumière d'événements que vous vous refusez de voir et d'admettre?

Que devons-nous comprendre monsieur Trudeau d'un aspirant Premier ministre pour qui la VÉRITÉ est aussi banale que peau de chagrin?

En passant Justin Trudeau, si vous vous refusez toujours à l'idée d'ouvrir de vieilles chicanes, sachez qu'en jetant tout le discrédit sur le regretté René Lévesque comme vous l'avez fait, vous venez d'en créer une toute nouvelle. Et pour reprendre les mots célèbres d'un autre Trudeau, je me permet de dire au nom de toutes celles et tous ceux qui en ce moment se sentent profondément blessés par cette déclaration: « just watch us »!

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samedi 13 avril 2013

Une p'tite montée de lait!



J'ai une question pour François Legault, le chef de la Coalition "Avenir" Québec: t'as déjà vu un arbre réussir à pousser sans s'enraciner profondément dans la terre?

Alors comment peux-tu toi vouloir prétendre de réussir à diriger l'avenir du Québec alors que tu prétends en même temps qu'il faut en oublier son passé et son histoire sous prétexte de « vieilles chicanes »?

Plusieurs savent, sauf toi et les autres opportunistes carriéristes de la politique bien sûr, que l'avenir d'une nation s'enracine dans son histoire et son passé. Toi et tes semblables carriéristes semblent croire que seul le pouvoir du cash compte pour être heureux dans la vie, tant comme individu que comme société.

Platon avait bien raison de prétendre que la gouverne  et l'avenir d'une nation (que lui nommait La Cité) ne devrait être confiée qu'à des sages, et surtout pas à des opportunistes qui sont incapables de regarder plus loin que le bout de leur nez, surtout pas en périphérie et encore moins en rétrospective!

Comme aimait le dire le regretté recteur de l'université où j'ai fais mon bac en philosophie: « la philosophie ne sert strictement à rien, sauf quand on en a pas, ça paraît ».

En regardant tes réflexes si réducteurs François Legault comme ceux de tes semblables carriéristes politiques (car s'il y avait chez-toi la substance et le fondement d'une vraie pensée politique, tu n'aurais jamais déclaré que les questions constitutionnelles ne sont que de « vieilles chicanes »), je suis heureux à l'idée de n'avoir que la philosophie dans la vie, et d'un bonheur profond d'ailleurs! 

Et tout en même temps, je me désole et m'inquiète grandement que tu puisses un jour être mon premier ministre. Quel cauchemar juste à l'idée d'y penser que ça puisse arriver...

Normand Perry.

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mardi 2 avril 2013

La révolution nécessaire


Épilogue sur les scandales de corruption-collusion au Québec

Alors que la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (la Commission Charbonneau) en arrive presque à terme sur le volet « Ville de Montréal » de son long, dur et nécessaire travail, nul besoin d’attendre le rapport de madame la juge (en tout respect) Charbonneau pour mener une réflexion sur ce qui, en tant que société, institutions, corporations, entreprises et individus, a bien pu nous entraîner vers une corruption qui semble s’être généralisée depuis bon nombres d’années ici au Québec, et comment il est possible de donner le coup de barre nécessaire pour que tous, nous puissions vivre et prospérer de manière un peu plus saine et harmonieuse.

Un constat s’impose de lui-même : l’argent semble être au cœur et à la source de toute la problématique que nous retrouvons tout au long des témoignages défilants jours après jours à la Commission Charbonneau. Et si l’argent est le cœur et la source de la corruption et de la collusion (un corollaire nécessaire des deux dans ce contexte), la finalité en est sans aucun doute le pouvoir. Au nom de l’acquisition de cet idéal et ascendant (le pouvoir), la fin justifiant les moyens, les règles élémentaires du jeu démocratique se voient être violés de manière plus ou moins conscientes par des acteurs du monde des affaires, de la fonction publique et de la politique, et ce, dans des rapports qui nous apparaissent aujourd'hui, à l’écoute des témoignages à la Commission Charbonneau, incestueux.

Au-delà de tous les aspects spectaculaires qui apparaissent au grand jour à cette Commission Charbonneau, des réactions de révoltes provoqués par ce que nous y voyons et entendons, et d’une forme de thérapie publique, des questions fondamentales surgissent et elles nous renvoient à chacun de nous-mêmes, en tant que personne et individu, sur nos propres valeurs et attitudes face aux questions liés à l’argent. Je vous entends tous me répondre au secret de vos consciences : « mais les coupables ce sont les corrompus que nous voyons défiler à la Commission Charbonneau, pas nous! » Et si nous nous exercions un moment à une petite introspection?...

Quel est mon rapport à l’argent?

A quel point suis-je libre par rapport à l’argent?

L’accumulation de richesses monétaires : est-ce le seul but que j’ai dans la vie, au point d’en être devenu l’esclave?

Où l’argent n’est-il qu’un moyen parmi d’autres pour être confortable?

Jusqu’à quel point mes responsabilités citoyennes (impôts) me posent-elles problèmes dans la vie?

Si ma conscience me cause des maux de têtes à la vue de ces quelques questions bien simples, alors un examen en profondeur de mes valeurs est devenu une nécessité, en tant qu’individu certes oui, mais en tant qu’organisation (de quelque nature que ce soit en société) également.

Lorsqu’il est devenu une pratique normale de faire des choses en cachette par rapport à l’argent (par exemple par l’échange d’argent comptant uniquement pour service ou bien rendu) alors nous avons une indication de la conscience qu’il y a un problème! Lorsque je cherche à faire toutes sortes de détours légaux en apparence mais profondément injuste en substance pour « sauver » de l’impôt, alors il y a un problème! Lorsque je fais transiter de l’argent par cent mille détours pour servir la cause d’un parti politique d’une manière en apparence légale et qu’au fond toutes les règles du jeu démocratique sont violés en secret, alors oui il y a un sacré problème!

S’il y a un danger qui guette le Québec présentement de nous retrouver un jour en une situation pire que la Grèce actuelle, ce ne sera pas à cause d’un déficit budgétaire ou une dette endémique, non : ce sera par une déresponsabilisation généralisé par rapport à l’usage dont nous faisons individuellement et collectivement de l’argent et de la valeur que nous y rattachons, et de sa conséquence directe et lourde sur la dette publique! C’est cette corruption généralisée qui a conduit la Grèce à sa situation présente et rien d’autre! C’est ça que nous cherchons au Québec? Non? Alors si nous ne questionnons pas, fondamentalement, notre attachement par rapport à l’argent, et je le répète, de manière individuelle et collective, c’est exactement là où nous nous retrouverons, au même endroit où les Grecs sont. Une révolution nécessaire doit s’opérer dans les mentalités et ça presse! Nul besoin du rapport Charbonneau pour s’y attarder dès maintenant.

Je dois avouer très franchement qu’il y a une chose qui me tombe royalement sur les nerfs : alors que nous entendons partout dans les milieux d’affaires au Québec que nous devons fonctionner dans le libre marché et la concurrence, ce que nous entendons à la Commission Charbonneau met en relief exactement son contraire par des acteurs de  ce même milieu des affaires. Lorsque nous sommes témoins des stratagèmes de collusion entre entrepreneurs du milieu de la construction, idem pour les firmes de professionnels, cette collusion donc fait échec directement au leitmotiv dans le discours du libre marché. Mais c’est quoi toutes ces « amanchures » là?

Ni le monde des affaires au Québec, ni la fonction publique et ni le milieu politique n’échappent guère à l’examen de conscience que j’évoquais plus haut. Il va falloir que nous cessions de croire que le respect de la loi dans sa lettre est chose suffisante pour que nous puissions montrer pattes blanches dans l’opinion publique. Tant le milieu des affaires, de la fonction publique et du milieu de la politique ont un triple défi devant eux : un respect de la loi dans sa lettre, un respect de la loi dans son esprit, et la projection d’une image publique s’appuyant tant sur l’un et l’autre solidement. Et je m’adresse ici particulièrement aux services de contentieux légaux de ces trois milieux au Québec : le respect de la loi dans son esprit, essence et substance n’est pas une chose secondaire ou accessoire car, dans le contexte actuel, c’est ce sur quoi l’opinion publique aura désormais les yeux rivés lorsqu’il voudra s’assurer de la probité de votre organisation. Et pour vous accompagner dans ce travail, il vous faudra être accompagné d’experts en questions éthiques et morales. Le droit n’est pas une discipline qui s’est inventé d’elle-même, elle est essentiellement fondée sur la morale. Il vous faudra accepter d’être confronté dans vos convictions par ces experts lorsqu’il s’agit de juger de situations particulières dans vos milieux respectifs. 

Et s’il y a un aspect que j’espère voir ressortir dans les recommandations de la juge Charbonneau au terme de son travail c’est celui que je viens d’évoquer. En toute honnêteté, les changements en profondeur que requiert le milieu des affaires, de la fonction publique et du milieu de la politique au Québec ne pourront s’opérer sans un redressement très solide des questions d’éthiques, pas uniquement en surface et en forme, mais en substance et sur le fond des choses.

Normand Perry.
31 mars 2013

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