Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

mercredi 5 février 2014

Une imposture qui se dévoile au grand jour...

Le mercredi 29 janvier 2014, Gilles Duceppe lance sur son compte Twitter la remarque suivante « L'étude des HEC Montréal sur la situation des finances au Québec est préoccupante. Ne faut-il pas indexer annuellement les tarifs? ». En tombant sur cette déclaration, il n'en fallait pas plus pour éveiller le pourfendeur du capitalisme néolibéral que je suis devenu.

Après avoir été chef du Bloc québécois, suite une carrière syndicale à la CSN et une jeunesse militante dédiée au communisme, Gilles Duceppe rendait ainsi public, et sans grande équivoque, sa conversion au discours ambiant de la droite québécoise, qui ne cherche qu'une chose depuis plus d'une décennie: aider l'enrichissement d'une infime minorité de citoyens du Québec, tout en anéantissant ce qui reste de la classe moyenne. Cela n'est pas singulier au Québec, c'est un fait généralisé partout dans le monde occidental. Observez ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en Italie, aux États-Unis ou en France pour en prendre conscience.

Que les choses soient bien claires: je ne fais pas l'apologie du communisme. C'est un système qui a lamentablement échoué au XXe siècle, notamment en U.R.S.S., où il s'est effondré comme un château de cartes, soixante-dix ans après la Révolution bolchevique; un système qui a tenté de s'imposer par la force des armes, la répression et l'anéantissement des droits fondamentaux de l'homme. À la chute du mur de Berlin en 1989, le communisme s'est effondré partout dans les pays européens où on avait tenté de l'implanter de force. À Cuba, c'est une question de temps avant qu'il ne disparaisse et en Chine, le communisme pur et dur (idéologiquement) a fait place à un système de façade pour tenir la grande majorité des Chinois dans un quasi-esclavage (implantation des industries occidentales délocalisées d'ici, créant chômage et misère, alors que les Chinois gagnent à peine quelques croûtons de pain, en travaillant comme des forcenés), tandis qu'une très petite minorité engrange des milliards de dollars dans des comptes bancaires la plupart du temps off-shore.

Mais prenons garde: le capitalisme néolibéral n'est guère mieux, et je dirais même qu'il est pire!

Depuis quelque temps, au Québec, nous voyons des figures dominantes du mouvement indépendantiste tenir un langage de moins en moins patriotique et on entend sortir de leur bouche, ou de leur clavier, un discours aux notes discordantes de ce qu'on a l'habitude de voir ou d'entendre d'eux. Depuis Lucien Bouchard, en passant par Bernard Landry, Joseph Facal, Pauline Marois et maintenant Gilles Duceppe (j'en oublie certainement d'autres involontairement), ils semblent tous avoir troqué l'idéal patriotique pour l'idéal ploutocrate! On aura beau nous répéter que «l'indépendance n'est ni à gauche, ni à droite, mais devant», le problème est que vous êtes tous assis sur le plateau droit de la balance : ne sentez-vous pas le déséquilibre dont vous êtes les créateurs? En tout cas, on le voit, on le vit et on le subit dans notre quotidien!


La grande fissure...

Entre 1996 et 2001, à l'époque où Lucien Bouchard a été premier ministre du Québec, l'année 1998 marquera l'instauration du discours et de l'action gouvernementale québécoise de l'austérité économique. Depuis lors, tous les gouvernements, libéraux comme péquistes, ne cessent de nous servir cette soupe indigeste, tous sans exception. Ça fait quinze ans que ça dure. Et ça va faire!


Curieusement, un parallèle intéressant est à établir avec les débuts de la grande fissure dans le mouvement indépendantiste au Québec. Les sociaux-démocrates (dont je crois toujours être) se sentent trahis par les tenants de la pensée économique néolibérale. Beaucoup se plaignent de voir apparaître et fortifier la division dans le mouvement indépendantiste, mais ne feront aucune concession, par ailleurs, dans leur plan, leur discours et leurs actions qui anéantissent de plus en plus la classe moyenne. Depuis 1998, ma propre situation économique ne s'est pas améliorée d'une année à l'autre, et la situation est semblable pour plusieurs personnes de mon entourage immédiat et élargi. Et à entendre beaucoup de gens sur la place publique, c'est une situation généralisée dans le Québec en entier.


Jumelé au fédéralisme canadien et imposé comme une chape de plomb sur le Québec, le capitalisme néolibéral nous engloutit tous (ceux de la classe moyenne) dans un néant semblable à du sable mouvant! Plus on tente de bouger pour s'en sortir, plus on cale vers notre disparition, et c'est exactement ce qui se produit avec la classe moyenne au Québec.


Si le système communiste a échoué en une lamentable faillite à la fin des années 80, en Europe tout comme en U.R.S.S., le capitalisme néolibéral a prouvé hors de tout doute raisonnable, en 2008, qu'il est comme le Titanic qui ne cesse de prendre l'eau et qui va s'enfoncer tout droit vers les bas-fonds des océans. La preuve est que la relance économique tant répétée dans les médias depuis n'arrivera jamais! Nous sommes plongés en pleine dépression semblable à celle qui a suivi le Krach boursier de 1929, et nous faisons face à une crise encore pire que celle des années 30!


Pire, parce que pendant que la classe moyenne tend à disparaître en s'amincissant comme peau de chagrin, des études récentes et répétées depuis plusieurs années démontrent que les plus fortunés de la planète, eux, ne cessent d'engranger des milliards par-dessus milliards, par-dessus milliards. Cherchez l'erreur! Alors quand j'en entends certains, au Québec, nous dire qu'il faut créer de la richesse pour la redistribuer, alors je leur rétorque : «Vous vous amusez à nous leurrer avec les plus grands sophismes qui puissent être!» La richesse existe, mais ne s'en va que dans une seule direction : les comptes bancaires et off-shore de ceux qui forment le 1%; les plus fortunés.


Bâtir un Québec fort, mais avec qui et avec quoi au juste?

À celle et ceux que j'ai précédemment nommés dans le sixième paragraphe de ce présent texte, j'ai une question fort simple à poser : si vous poursuivez ainsi l'appauvrissement de la grande majorité de la population québécoise par votre régime d'austérité étouffant, comment allons-nous et avec quoi allons-nous bâtir le Québec supposément indépendant, dont vous êtes censés être les porte-étendards?


Ne vous rendez-vous pas compte que vous êtes en train de tuer la force vitale québécoise, qui a permis la levée du Québec ingénieux, entrepreneur et vaillant des années 1960, 70 et 80?


Ne vous rendez-vous pas compte aussi que vous êtes en train de créer un véritable tiers-monde ici, en ouvrant les portes toutes grandes (par législation!!!) à des formes pernicieuses d'esclavage, avec vos traités de libre-échange qui ne favorisent pas qui que ce soit dans la classe moyenne? Avez-vous pris conscience jusqu'à quel point ce mondialisme économique et financier bafoue de plusieurs manières la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, ici, comme partout ailleurs dans le monde?

Ultimement, comment pensez-vous être en mesure de vous allier des citoyennes et citoyens de la classe moyenne au Québec, et obtenir un appui majoritaire dans la cause de l'indépendance, alors que nous assistons (et subissons) impuissants, nous de cette classe moyenne, à la destruction économique systématisée de notre statut et notre régime de vie depuis 1998?


D'ici à ce que vous changiez votre fusil d'épaule, et à ce que vos discours et actions se recentrent sur le patriotisme québécois uniquement, je vais cesser de militer pour la cause indépendantiste, car elle n'arrivera jamais par la voie de cette obsession économique et financière qui mène à la destruction massive d'une classe de la société. Ne me comptez pas pour autant dans le camp fédéraliste, car il est pire.


Mais en attendant que ce jour arrive, s'il arrive, il y a une guerre à mener contre un capitalisme néolibéral** qui emprisonne l'humanité sous son emprise, en la conduisant vers un désordre et une destruction planétaire sans commune mesure dans l'Histoire! 2014 sera une année charnière dans cette grande bataille, et je vais être au front pour la mener et la gagner!

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**Une lettre reçu par courriel cette semaine par Claude Béland, me démontrait que j'ai raison de dénoncer l'imposture des ténors du souverainisme du Québec, et combien ai-je raison de choisir le combat contre le néolibéralisme, avant celui de l'indépendance. Car le premier concerne la dignité humaine, il est plus grand en importance par rapport au second: «Je suis d'accord avec vous. C'est d'ailleurs le thème de la plupart de mes conférences (une trentaine en 2013) et de mes deux derniers livres : Plaidoyer pour une économie solidaire (Médiaspaul) et L'évolution du coopératisme dans le monde et au Québec (FIDES).

Le Québec n'a pas d'avenir s'il choisit l'individualisme - et s'il mise sur les succès individuels pour sauver la nation. C'est par la solidarité, la recherche d'une certaine égalité, du souci de l'autre que ce peuple a survécu. S'il renonce à l'associationnisme ou le collectivisme, la survie de notre peuple est en danger. Il ne faut pas cesser de le répéter !» -Claude Béland. (Publié avec la permission de l'auteur).



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P.S.: Un rapport publié dans le journal Le Devoir, le 23 février 2014 (presque vingt jours après la publication du présent billet) confirme, chiffres à l'appui, la thèse que je présente d'une destruction massive de la classe moyenne: «La classe moyenne canadienne est en difficulté, selon un rapport».

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Ce billet est publié sur:


* Je vous invite à lire sur un sujet similaire dans le Voir, la chronique de Normand Baillargeon, un penseur pour qui j'ai la plus haute estime; il est professeur à l'UQAM en philosophie de l’éducation. Il vaut la peine de lire son billet du 5 février 2014, sous le titre: D’un trou noir à l’autre. C'est un texte qui démontre la grande acuité de la pensée de cet auteur, qui, de manière brillante, fait un lien de l'astrophysique à l'économie: un texte aux accents « punché ».