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mercredi 5 février 2014

Une imposture qui se dévoile au grand jour...

Le mercredi 29 janvier 2014, Gilles Duceppe lance sur son compte Twitter la remarque suivante « L'étude des HEC Montréal sur la situation des finances au Québec est préoccupante. Ne faut-il pas indexer annuellement les tarifs? ». En tombant sur cette déclaration, il n'en fallait pas plus pour éveiller le pourfendeur du capitalisme néolibéral que je suis devenu.

Après avoir été chef du Bloc québécois, suite une carrière syndicale à la CSN et une jeunesse militante dédiée au communisme, Gilles Duceppe rendait ainsi public, et sans grande équivoque, sa conversion au discours ambiant de la droite québécoise, qui ne cherche qu'une chose depuis plus d'une décennie: aider l'enrichissement d'une infime minorité de citoyens du Québec, tout en anéantissant ce qui reste de la classe moyenne. Cela n'est pas singulier au Québec, c'est un fait généralisé partout dans le monde occidental. Observez ce qui se passe en Grèce, en Espagne, en Italie, aux États-Unis ou en France pour en prendre conscience.

Que les choses soient bien claires: je ne fais pas l'apologie du communisme. C'est un système qui a lamentablement échoué au XXe siècle, notamment en U.R.S.S., où il s'est effondré comme un château de cartes, soixante-dix ans après la Révolution bolchevique; un système qui a tenté de s'imposer par la force des armes, la répression et l'anéantissement des droits fondamentaux de l'homme. À la chute du mur de Berlin en 1989, le communisme s'est effondré partout dans les pays européens où on avait tenté de l'implanter de force. À Cuba, c'est une question de temps avant qu'il ne disparaisse et en Chine, le communisme pur et dur (idéologiquement) a fait place à un système de façade pour tenir la grande majorité des Chinois dans un quasi-esclavage (implantation des industries occidentales délocalisées d'ici, créant chômage et misère, alors que les Chinois gagnent à peine quelques croûtons de pain, en travaillant comme des forcenés), tandis qu'une très petite minorité engrange des milliards de dollars dans des comptes bancaires la plupart du temps off-shore.

Mais prenons garde: le capitalisme néolibéral n'est guère mieux, et je dirais même qu'il est pire!

Depuis quelque temps, au Québec, nous voyons des figures dominantes du mouvement indépendantiste tenir un langage de moins en moins patriotique et on entend sortir de leur bouche, ou de leur clavier, un discours aux notes discordantes de ce qu'on a l'habitude de voir ou d'entendre d'eux. Depuis Lucien Bouchard, en passant par Bernard Landry, Joseph Facal, Pauline Marois et maintenant Gilles Duceppe (j'en oublie certainement d'autres involontairement), ils semblent tous avoir troqué l'idéal patriotique pour l'idéal ploutocrate! On aura beau nous répéter que «l'indépendance n'est ni à gauche, ni à droite, mais devant», le problème est que vous êtes tous assis sur le plateau droit de la balance : ne sentez-vous pas le déséquilibre dont vous êtes les créateurs? En tout cas, on le voit, on le vit et on le subit dans notre quotidien!


La grande fissure...

Entre 1996 et 2001, à l'époque où Lucien Bouchard a été premier ministre du Québec, l'année 1998 marquera l'instauration du discours et de l'action gouvernementale québécoise de l'austérité économique. Depuis lors, tous les gouvernements, libéraux comme péquistes, ne cessent de nous servir cette soupe indigeste, tous sans exception. Ça fait quinze ans que ça dure. Et ça va faire!


Curieusement, un parallèle intéressant est à établir avec les débuts de la grande fissure dans le mouvement indépendantiste au Québec. Les sociaux-démocrates (dont je crois toujours être) se sentent trahis par les tenants de la pensée économique néolibérale. Beaucoup se plaignent de voir apparaître et fortifier la division dans le mouvement indépendantiste, mais ne feront aucune concession, par ailleurs, dans leur plan, leur discours et leurs actions qui anéantissent de plus en plus la classe moyenne. Depuis 1998, ma propre situation économique ne s'est pas améliorée d'une année à l'autre, et la situation est semblable pour plusieurs personnes de mon entourage immédiat et élargi. Et à entendre beaucoup de gens sur la place publique, c'est une situation généralisée dans le Québec en entier.


Jumelé au fédéralisme canadien et imposé comme une chape de plomb sur le Québec, le capitalisme néolibéral nous engloutit tous (ceux de la classe moyenne) dans un néant semblable à du sable mouvant! Plus on tente de bouger pour s'en sortir, plus on cale vers notre disparition, et c'est exactement ce qui se produit avec la classe moyenne au Québec.


Si le système communiste a échoué en une lamentable faillite à la fin des années 80, en Europe tout comme en U.R.S.S., le capitalisme néolibéral a prouvé hors de tout doute raisonnable, en 2008, qu'il est comme le Titanic qui ne cesse de prendre l'eau et qui va s'enfoncer tout droit vers les bas-fonds des océans. La preuve est que la relance économique tant répétée dans les médias depuis n'arrivera jamais! Nous sommes plongés en pleine dépression semblable à celle qui a suivi le Krach boursier de 1929, et nous faisons face à une crise encore pire que celle des années 30!


Pire, parce que pendant que la classe moyenne tend à disparaître en s'amincissant comme peau de chagrin, des études récentes et répétées depuis plusieurs années démontrent que les plus fortunés de la planète, eux, ne cessent d'engranger des milliards par-dessus milliards, par-dessus milliards. Cherchez l'erreur! Alors quand j'en entends certains, au Québec, nous dire qu'il faut créer de la richesse pour la redistribuer, alors je leur rétorque : «Vous vous amusez à nous leurrer avec les plus grands sophismes qui puissent être!» La richesse existe, mais ne s'en va que dans une seule direction : les comptes bancaires et off-shore de ceux qui forment le 1%; les plus fortunés.


Bâtir un Québec fort, mais avec qui et avec quoi au juste?

À celle et ceux que j'ai précédemment nommés dans le sixième paragraphe de ce présent texte, j'ai une question fort simple à poser : si vous poursuivez ainsi l'appauvrissement de la grande majorité de la population québécoise par votre régime d'austérité étouffant, comment allons-nous et avec quoi allons-nous bâtir le Québec supposément indépendant, dont vous êtes censés être les porte-étendards?


Ne vous rendez-vous pas compte que vous êtes en train de tuer la force vitale québécoise, qui a permis la levée du Québec ingénieux, entrepreneur et vaillant des années 1960, 70 et 80?


Ne vous rendez-vous pas compte aussi que vous êtes en train de créer un véritable tiers-monde ici, en ouvrant les portes toutes grandes (par législation!!!) à des formes pernicieuses d'esclavage, avec vos traités de libre-échange qui ne favorisent pas qui que ce soit dans la classe moyenne? Avez-vous pris conscience jusqu'à quel point ce mondialisme économique et financier bafoue de plusieurs manières la Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948, ici, comme partout ailleurs dans le monde?

Ultimement, comment pensez-vous être en mesure de vous allier des citoyennes et citoyens de la classe moyenne au Québec, et obtenir un appui majoritaire dans la cause de l'indépendance, alors que nous assistons (et subissons) impuissants, nous de cette classe moyenne, à la destruction économique systématisée de notre statut et notre régime de vie depuis 1998?


D'ici à ce que vous changiez votre fusil d'épaule, et à ce que vos discours et actions se recentrent sur le patriotisme québécois uniquement, je vais cesser de militer pour la cause indépendantiste, car elle n'arrivera jamais par la voie de cette obsession économique et financière qui mène à la destruction massive d'une classe de la société. Ne me comptez pas pour autant dans le camp fédéraliste, car il est pire.


Mais en attendant que ce jour arrive, s'il arrive, il y a une guerre à mener contre un capitalisme néolibéral** qui emprisonne l'humanité sous son emprise, en la conduisant vers un désordre et une destruction planétaire sans commune mesure dans l'Histoire! 2014 sera une année charnière dans cette grande bataille, et je vais être au front pour la mener et la gagner!

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**Une lettre reçu par courriel cette semaine par Claude Béland, me démontrait que j'ai raison de dénoncer l'imposture des ténors du souverainisme du Québec, et combien ai-je raison de choisir le combat contre le néolibéralisme, avant celui de l'indépendance. Car le premier concerne la dignité humaine, il est plus grand en importance par rapport au second: «Je suis d'accord avec vous. C'est d'ailleurs le thème de la plupart de mes conférences (une trentaine en 2013) et de mes deux derniers livres : Plaidoyer pour une économie solidaire (Médiaspaul) et L'évolution du coopératisme dans le monde et au Québec (FIDES).

Le Québec n'a pas d'avenir s'il choisit l'individualisme - et s'il mise sur les succès individuels pour sauver la nation. C'est par la solidarité, la recherche d'une certaine égalité, du souci de l'autre que ce peuple a survécu. S'il renonce à l'associationnisme ou le collectivisme, la survie de notre peuple est en danger. Il ne faut pas cesser de le répéter !» -Claude Béland. (Publié avec la permission de l'auteur).



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P.S.: Un rapport publié dans le journal Le Devoir, le 23 février 2014 (presque vingt jours après la publication du présent billet) confirme, chiffres à l'appui, la thèse que je présente d'une destruction massive de la classe moyenne: «La classe moyenne canadienne est en difficulté, selon un rapport».

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Ce billet est publié sur:


* Je vous invite à lire sur un sujet similaire dans le Voir, la chronique de Normand Baillargeon, un penseur pour qui j'ai la plus haute estime; il est professeur à l'UQAM en philosophie de l’éducation. Il vaut la peine de lire son billet du 5 février 2014, sous le titre: D’un trou noir à l’autre. C'est un texte qui démontre la grande acuité de la pensée de cet auteur, qui, de manière brillante, fait un lien de l'astrophysique à l'économie: un texte aux accents « punché ».

lundi 20 janvier 2014

Manifeste pour sortir de la dépendance au pétrole

En conformité et cohérence de mon dernier texte (du 12 janvier 2014) en réaction au manifeste pour l'exploitation pétrolière, je signe ce manifeste pour nous sortir de la dépendance au pétrole.

Je vous encourage tous à en faire autant, si vous avez le désir de léguer à nos générations naissantes et futures une Terre en santé.

Posons-nous en âme et conscience la question suivante: que nous sert-il de livrer un Québec désendetté et un peu plus riche au plan économique, si l'humanité est pour disparaître de la surface du globe terrestre, à très court terme, parce que nous faisons des choix économiques qui détruisent les milieux que nous habitons?

Posez-vous la question!

http://poursortirdupetrole.com/

dimanche 12 janvier 2014

Ils pèchent par omission, et plusieurs fois plutôt qu’une!

À propos du manifeste pour l’exploitation du pétrole


Alors que le gouvernement du Parti québécois s’est engagé, en 2013, dans une politique de l’électrification des transports, pour des raisons de développement durable et de combat face au réchauffement climatique, essentiellement, ce même gouvernement mène un combat inverse sur le front pétrolier. D’abord, en enfonçant dans le gosier du peuple, jamais consulté sur la question, le renversement d’un oléoduc (en piteux état) pour faire passer le pétrole, pas très propre, de l’Alberta sur notre territoire, puis avec la promotion de l’exploration et éventuellement l’exploitation du pétrole qui pourrait se trouver en notre territoire. 

Que met en relief ce dualisme? Il démontre que ce gouvernement (comme la plupart des gouvernements d’Occident, guidés uniquement par la pensée économique néolibérale)  fait miroiter à la population du Québec qu’il se préoccupe de développement durable, alors qu’en même temps il agit de manière contraire à ses propres principes écologiques, au nom de supposés gros profits gagnés rapidement, tout en risquant de détruire des milieux environnementaux, essentiels à la vie biologique, de quelque nature que ce soit.

Le manifeste

Dans un manifeste (pour tirer profit collectivement de notre pétrole) qu’ils publièrent le 8 janvier 2014, dix signataires issus du monde économique québécois, dont l’ancien premier ministre Bernard Landry, l’ancienne ministre des finances Monique Jérôme-Forget et l’ancien président du Conseil du Trésor du Québec Joseph Facal, entre autres, y vont en chœur d’une déclaration aux accents d’une urgence économique propre à la droite néolibérale. Parmi les dix signataires, curieusement, aucun que l’on pourrait identifier à la sociale démocratie ou à la gauche économique. AUCUN.

Les omissions

Une fois de plus, alors que des penseurs et des acteurs économiques de la droite néolibérale prennent la parole sur un sujet donné, la dette publique du Québec est présentée comme un argument lourd, incontournable et surtout déformé!  Moi-même ayant été formé en comptabilité aux HEC, je sais que de tout simplement présenter une dette brute sans les actifs qui la balancent est fort questionnable au plan de l’honnêteté intellectuelle! Première omission d’importance dans ce document.

La seconde omission de ce manifeste, et elle est de taille, c’est qu’après avoir tenté de démontrer que la situation économique catastrophique du Québec nécessite une exploitation incontournable du pétrole qui pourrait se trouver sur notre territoire, les signataires prétendent que les revenus provenant de l’exploitation de ce pétrole seraient la solution magique à tous nos problèmes de dettes et de finances publiques. Si c’est le secteur privé qui exploite et ramasse le plus gros des profits de cette exploitation, l’État n’y gagnera que très peu de choses. Puisque l’on insiste sur cette richesse « collective », le corollaire logique des prémisses de ce document est la nationalisation. En l’absence de ce corollaire logique, quels groupes d’intérêts seront les véritables gagnants de cette manne? Curieusement ils ne sont point nommés explicitement dans ce document, mais c’est écrit en gros caractères gras entre les lignes : le privé, ses industries et les actionnaires de ces entreprises.

Autre omission, plus subtile celle-là : quoique l’on mentionne la nécessité d’exploiter le pétrole dans le respect de l’environnement en s’inspirant des pratiques de la Norvège en la matière, les signataires de ce manifeste se gardent bien de nommer explicitement les exigences actuelles que nécessiterait l’exploitation pétrolière, dans un contexte où le développement durable et le combat du réchauffement climatique sont devenus des impératifs, non seulement à la vie végétale, aquatique et animale, mais humaine d’abord et avant tout. Et le texte de ce manifeste pour l’exploitation pétrolière n’hésite en aucune manière à employer de gros sophismes nous pour vendre cette salade, nous y reviendrons. 

J’entendais à la radio cette semaine l’un des signataires  de ce manifeste (Bernard Landry) affirmer la chose suivante : « Le rêve serait que l'humanité tourne le dos aux hydrocarbures fossiles (…) et en attendant, le Québec ne peut se priver des revenus dont il a besoin en exploitant son pétrole… ». Et bien non! Si je rêve du jour où nous cesserons d’émettre des gaz à effet de serre en tentant d’éliminer l’usage du pétrole, et bien je préfère voir l’État, mon gouvernement, mettre les bouchées doubles pour développer et améliorer des énergies propres pour faire advenir ce jour plus tôt que tard! 

Sophismes, contradictions et erreurs

Le manifeste accuse certains groupes écologistes qui « n’hésitent pas à recourir à des stratégies de désinformation qui ne servent pas la société ». Pourquoi ne nomment-ils pas ces groupes en désignant explicitement les stratégies fautives? En quoi cette tactique d’accuser un adversaire occulte de pratiques fautives est-elle plus honorable par rapport à celles qu’ils tentent de dénoncer?

Il vaut la peine de citer un paragraphe complet de ce document pour mettre en relief une énorme contradiction : « Il est sain pour une société d’engager une discussion sur un enjeu aussi fondamental que celui du démarrage de l’exploitation de la ressource pétrolière. Éviter que le débat se fasse ne profiterait à personne et représenterait une sorte de fuite en avant. Le débat doit avoir lieu ! Mais il doit se faire correctement et surtout, nous aurons tous avantage à ce qu’il repose sur des faits. » La contradiction se situe dans le fait que les signataires de ce manifeste mettent ailleurs (dans le manifeste) et à tort, l’accent sur l’urgence d’exploiter notre pétrole québécois : « Pourtant, l’urgence d’agir ne devrait faire aucun doute dans l’esprit de quiconque souhaite que nous léguions aux générations futures un Québec en meilleure posture financière. » 

La grande erreur de ce manifeste se situe dans l’incompréhension totale et entière que démontrent ses signataires en regard du combat contre les des gaz à effet de serre, du réchauffement climatique et de la sauvegarde de l’écologie. Comme à peu près tous les penseurs de la droite économique néolibérale d’Occident, pour des causes d’appât de gains rapides et urgents (selon eux), ils perdent complètement de vue que l’enjeu majeur et ultime des écologistes n’est pas uniquement la sauvegarde de quelques grenouilles dans des marais perdus! Réveillons-nous : il s’agit du combat de la survie de l’espèce humaine, et ce, à très court terme1.

Si nous poursuivons ainsi l’exploitation des énergies fossiles de manière effrénées, comment peuvent-ils croire, en leur âme et conscience, que l’espèce humaine survivra à tous les bouleversements d’ordre climatologique, qui ne cessent d’augmenter en nombre et en gravité depuis une cinquantaine d’années? Il faut se sortir non seulement de la filière pétrolière, mais il faut que l’humanité s’extirpe de la pensée et des pratiques du capitalisme néolibéral, qui la mène directement à sa perte : économiquement, socialement, écologiquement et vitalement!

Qu’ils tendent donc l’oreille à un scientifique dont la grande crédibilité n’est plus à faire comme Hubert Reeves, et ils auront tôt fait de regretter d’avoir signé un tel manifeste, remplis d’incertitudes, de sophismes, de contractions et d’erreurs. Si au moins ce document avait été étoffé d’études scientifiques crédibles et vérifiables, peut-être aurait-il le mérite de passer à l’Histoire, en ayant la mesure nécessaire pour susciter le débat que les signataires prétendent vouloir lancer. Ils ont raté la cible et de très loin d’ailleurs, tant sur le plan de la science, de la logique que de la rhétorique.

En ce qui me concerne, ce manifeste est déjà passé à la filière #13, et j’ose espérer que le peuple du Québec n’en sera pas dupe et en fera tout autant!


1. Rf : Mal de Terre, Hubert Reeves, Les Éditions du Seuil, collection « Science ouverte », Paris, 2003.

Ce texte est également publié sur:

Le République
- Huffington Post Québec
Vigile