Henri Bergson: philosophe français, né et mort à Paris (1859-1941)

samedi 13 septembre 2014

Le paradoxe écossais

Jeudi le 18 septembre prochain, le Royaume-Uni va vivre un moment historique, celui du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Après une année de campagne référendaire, les Écossaises et Écossais décideront de quitter ou non le Royaume-Uni, et s’ils le quittent, ce sera pour former un pays indépendant, répondant ainsi à une aspiration quelques fois centenaires. Autant pour la Catalogne, le Québec et peut-être d’autres endroits dans le monde, ce qui va se passer en Écosse ce 18 septembre, aura une influence plus ou moins grande, sur le plan politique, des aspirations des peuples cherchant à gagner le statut de pays indépendant, d’où la si grande attention que ce scrutin revêt déjà aux yeux de plusieurs, opposants comme en faveur d’une indépendance nationale sur leur territoire respectif.

Les règles du jeu : soyons « gentlemen »…

L’aspect de cette campagne référendaire qui retient le plus mon attention et mon intérêt, ce sont les règles du jeu que ce sont donné, sur entente négocié et préalable, Londres et Édimbourg avant le déclenchement de la campagne référendaire en Écosse. 

Peut importe les motifs ayant incité le parlement de Westminster à inviter leur vis-à-vis d’Édimbourg à s’asseoir à une table de négociation, visant à déterminer les règles du jeu référendaire, dans le but d’avoir une campagne et des résultats qui ne puissent être contesté par qui que ce soit, qu’importe le résultat final, cette négociation de « gentlemen » est fort louable et doit servir d’exemple partout ailleurs dans le monde où va se tenir de futurs consultations populaires sur l’autodétermination d’un peuple. Si cette procédure de bonne entente à l’amiable ne peut être considéré comme étant une jurisprudence au plan juridique, cette procédure doit inspirer les indépendantistes à faire des pressions politiques sur les législatures impliqués au plan politique.

Ce qui est intéressant de cette entente à l’amiable entre Londres et Édimbourg est la reconnaissance d’un résultat de 50% + 1 vote pour le clan gagnant du référendum; l’entente commune sur l’élaboration d’une question claire; d’avoir permis le vote à partir de l’âge de 16 ans. Après-tout, n’est-ce pas la jeunesse d’une nation qui est la plus intéressé, objectivement parlant, par l’avenir de son pays?

En regardant cette entente comme modèle pour l’avenir, ici au Québec, des « amanchures » comme 1995 ou 1980 ne seront plus possible. Québec et Ottawa ont désormais l’obligation morale de s’asseoir ensemble afin de déterminer les règles d’une éventuelle consultation sur l’indépendance du Québec. Le temps est venu que nous sachions nous comporter en « gentlemen » de part et d’autre de la rive des Outaouais. Et il faut féliciter les parlementaires de Westminster de leur initiative dans ce processus, nonobstant l’argumentaire politique et tactiques de campagne employés par l’Angleterre durant la campagne référendaire.

Le fameux paradoxe

En écoutant ce matin « Faut pas croire tout ce qu’on dit » (que vous pouvez entendre sur le site) animé par Michel Lacombe sur les ondes de ICI Radio-Canada Première, j’ai été stupéfait d’apprendre que si le résultat du référendum était en faveur de l’indépendance de l’Écosse, imaginez-vous que les Écossais garderont tout-de-même le lien qu’ils ont à la monarchie anglaise. Je ne dirais pas les gros mots anglais que j’ai en tête en ce moment, mais pincez-moi quelqu’un, je ne la comprends tout simplement pas, celle-là. Mais c’est quoi la « joke » au juste?

Comment un peuple sous domination d’une autre nation depuis de si nombreux siècles, qui aspire de toutes ses forces à une liberté légitime et qui se donne les moyens d’y parvenir par cette consultation historique du 18 septembre 2014, peut-il par la suite, accepter de demeurer littéralement sous la jupe de la reine d’Angleterre? 

D’après ce que j’ai pu comprendre de la part des spécialistes de la question au micro de Michel Lacombe, il semblerait que ce lien entre l’Écosse et l’Angleterre serait la résultante de l’union des couronnes au moment où Jacques 1er, roi d’Écosse, aurait accédé au trône de l’Angleterre après le décès d’Élizabeth 1ère, décédée sans héritier. Mais d’après ce que je peux comprendre du contexte historique livré dans la rubrique à ce propos sur Wikipédia, cette union des couronnes n’a rien d’organique ni de politique. Comment il se fait que l’Écosse demeurera, même indépendante au plan de la gouvernance, sous dépendance de la monarchie anglaise? Pourquoi ne pas profiter de l’indépendance pour passer le coup de balais dans cette institution devenue tellement désuète, que même beaucoup d’Anglais n’en veulent plus pour eux-mêmes?

Quoi qu’il en soit, si un Québec indépendant est pour demeurer sous la jupe d’un monarque d’Angleterre une fois que son peuple aurait décidé de son indépendance, alors vaut mieux rester dans nos conditions actuelles, car je n’y vois aucun changement, de quelque nature que ce soit. Vraiment aucun!

Vivement une république pour le Québec!


Ce texte a été publié sur le Huffington Post Québec le 16 septembre 2014.

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