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jeudi 1 juillet 2021

Pourquoi est-ce que je prends fait et cause pour les Premières Nations?

Préambule

1er juillet 2021

Ce texte que je réédite aujourd'hui, sans actualisation, a été rédigé une première fois et rendu public en août 2018, dans la section "Mes articles" de Facebook, que le réseau social a fait disparaître, avec tous mes textes, sans crier gare.

Dans le contexte historique que nous vivons actuellement d'un océan à l'autre au Canada, et ce, depuis le début du mois de juin 2021, avec les découvertes de lieux de sépultures sur des sites de pensionnats autochtones dans l'ouest canadien, j'ai cru important de faire paraître à nouveau ce texte de 2018. Pourquoi?

Pour aider à comprendre d'où vient chez-moi cette solidarité que je crois naturelle, à l'égard des peuples des Premières Nations.

Je vous le livre donc sans retouches sur l'essence du propos (sauf quelques ajustements mineurs et techniques), pour conserver ses intuitions d'origines intactes. Ce texte est sorti d'un seul jet de mes doigts sur le clavier, au lendemain d'un Pow wow chez les Mohawks de Kahnawake.

Voici le texte d'août 2018.


* * *

Condition préexistante 

Plusieurs sont témoins de mes fréquents statuts à propos des Premières Nations et de mon intérêt pour leur cause. 

Avant le cheminement intellectuel qui m’a conduit vers cet état de fait, il y a une condition préexistante. 

Mes premiers contacts avec des autochtones remontent à l’enfance. Lorsque (avec mes parents) nous sommes arrivés à Fabreville (Laval) au tout début des années 1970, il y avait à quelques maisons de chez-moi, un enfant de mon âge, qui parlait très souvent de son sang « indien » aimait-il répéter. Tout le monde le surnommait « Koko » (Jacques Grenier). Nous sommes devenus amis dès nos premières rencontres dans la rue, et nous sommes devenus complices de hockey bottine. On s’était même inventé une coupe Stanley avec une poubelle en métal. Nous nous sommes perdus de vue pendant quelques décennies, pour nous retrouver il y a quelques années, grâce évidemment à Facebook. À chaque fois que j’évoque cette coupe Stanley, il trouve ça très drôle. 

Cette enfance aux côtés de Koko a probablement eu le mérite d’avoir favorisé chez-moi l’absence de toute forme de préjugés négatifs que nous retrouvons malheureusement chez la plupart des descendants des peuples européens qui vivent à leur coté aujourd’hui. C’est tout le contraire en ce qui me concerne. 


Choc et prise de conscience : la crise d’Oka 

Matin du 11 juillet 1990 : éclatement d’une fusillade à feux nourris dans la Pinède d’Oka, entre les agents de la Sûreté du Québec et une faction des Mohawks (les Warriors), qui barricadaient la route depuis un certains nombres de jours. À l’origine de cette crise, l’histoire d’un promoteur qui voulait développer un projet immobilier et agrandir un terrain de golf, sur les lieux d’un cimetière ancestral, avec l’appui du maire d’Oka de l’époque, sur les terres revendiquées par les Mohawks. Ce fut le début d’une crise qui se prolongera jusqu’en septembre de la même année, et qui va s’étendre du côté de Kahnawake, avec la barricade du pont Honoré-Mercier. 

Ces événements me marquèrent à tel point que je me sentais le devoir de mieux comprendre cette indignation des Mohawks. J’avais décidé, dans mon for intérieur, de suspendre toute forme de jugement sur ces événements, sans en comprendre non seulement les enjeux, mais d’aller plus loin en profondeur pour ne pas réduire mon focus sur ce micro-événement de l’actualité dans l’histoire, mais bel et bien d’étendre mes connaissances et mon analyse sur l’histoire de la vie commune entre les Premières Nations et les peuples venus d’Europe sur leur terre, depuis l’avènement de Jacques Cartier. 


Georges E. Sioui : un livre qui me bouleversera à jamais 

Je me mis alors à rechercher de la littérature autochtone pour me placer en mode d’acquisition de connaissances et d’analyse par la suite. 

Je fus alors conduit, en librairie, vers un livre nouvellement paru : « Pour une autohistoire amérindienne. Essai sur les fondements d'une morale sociale », sorti en 1989 sous les éditions Presses de l'Université Laval, et réédité en 1999, rédigé par Georges E. Sioui

C’est un ouvrage de plus ou moins 200 pages, que j’ai littéralement dévoré en un rien de temps à l’époque. Ne me demandez pas ce que raconte l’ouvrage, ma lecture date de presque 30 ans. La seule chose dont je me souvienne, est que sa lecture a eu sur moi un effet profond et indéniable : depuis ce jour je prends fait et cause pour les Premières Nations. Ils sont chez eux ici, nous sommes les colonisateurs de par nos ancêtres. Dans mon esprit il est devenu très clair qu’ils nous doivent absolument rien, au contraire, nous leur devons tout, je pense ainsi depuis ce temps, et ça va demeurer ainsi jusqu’à la fin de mes jours. 

Pour dire un mot sur l’auteur : Georges E. Sioui est originaire et membre des Hurons-Wendat, né en 1948 à Québec. Il est historien et philosophe autochtone, il est doctorant de l’Université Laval et enseigne aujourd’hui à l’Université d’Ottawa. 


Il danse avec les loups. : Le scellant sur ma prise de position 

Arrive sur le grand écran, en novembre 1990, le film Il danse avec les loups, réalisé et interprété par Kevin Costner, un film primé de sept Oscars, de trois Golden Globes et d’un important prix au Festival du film de Berlin. Pour celles et ceux qui n’ont pas vu ce film : c’est un must! Ça vaut vraiment la peine de vous le louer. 

En gros ça raconte l’histoire du lieutenant John Dunbar, un membre de l’armée nordiste (Guerre de Sécession), qui est affecté en mission à un poste à proximité d’une communauté des Sioux. Il fraternise avec ces derniers au point de devenir membre de la communauté, de vivre avec et comme eux. Je raconte grossièrement l’histoire, question de ne pas vous priver de « punchs » si vous décidez de le voir. 

Ce dont je me souvienne est qu’au sortir de la salle de cinéma ce soir-là, j’avais beau avoir la peau blanche, être un descendant d’Européens, mais dans mon âme il résiderait désormais l’esprit autochtone. 


Depuis 1990 

Je trouve admirable les travaux que mène l’anthropologue et animateur de Radio-Canada Serge Bouchard à propos des Premières Nations (qui nous a subitement quitté le 11 mai 2021). Je considère sa contribution immense et très riche dans le développement de ma compréhension de ces peuples. Je ne crois pas avoir eu l’occasion de voir ou d’avoir entendu l’amplitude de ces travaux, mais à chaque fois que j’en suis témoin, j’en sors avec un plus. 

Depuis cette époque de 1990, toutes les occasions deviennent prétextes à un rapprochement de ma part avec des membres des Premières Nations. Je commerce avec eux pour soutenir le développement économique de ces communautés, en achetant des vêtements, des pièces d’arts faites à la main, et des souvenirs divers. Je prends toujours plaisir à fraterniser avec eux, ce sont des gens pour qui j’ai beaucoup d’affection. Puis je participe à des évènements : visites de lieux autochtones et de Pow wow. 

Mes découvertes sont marquées surtout par le respect qu’ils démontrent à l’égard de la nature, des êtres vivants, de leur savoir-faire, notamment en médecine traditionnelle par les herbes et les plantes, un surtout un sens de la sagesse remarquable. Et lorsque l'on a l'occasion d'en connaître sur le plan personnel, ce sont des gens qui aiment rire et qui ont un sens extraordinaire de l'autodérision.

Je compte dans mon groupe d’amis Facebook près d’une dizaine d’amis autochtones, répartis chez les Mohawks, les Hurons-Wendat, les Mi'gmaqs, les Abénakis, les Ojibwés (Anishinaabes), et les Innus (dont le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec, Ghislain Picard que je salue au passage), entre autres chose. J’ai vécu avec plusieurs de mes contacts et amis chez les autochtones des anecdotes très savoureuses, qui sèment ma mémoire que de bons souvenirs, et qui nourrissent des sentiments remplis d’affection. 

Postface

Au moment de réviser ce texte pour le publier sur mon blogue, je viens de recevoir mon acceptation au programme de certificat en études autochtones de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Un aboutissement logique d'une démarche de vie.

 Kwe kwe!





mercredi 10 décembre 2014

Naître sous une bonne étoile...

Ce jour du 10 décembre ne marque pas uniquement ce tournant de la cinquantaine, il marque un anniversaire drôlement plus important que le miens, et qui m'est très cher: « le 10 décembre 1948, les 58 États Membres qui constituaient alors l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais de Chaillot (résolution 217 A (III)) »  comme le relate la présentation de ce texte de la Déclaration.

Ce texte m'est très cher et pour plusieurs raisons.

La première tient au cours de théologie morale que j'ai reçu à l'automne de 1996, alors que j'étais étudiant au Grand séminaire de Montréal. Monsieur Charles Granche, p.s.s. (il n'est plus des nôtres depuis), qui était notre professeur, avait débuté sa session en nous offrant une réflexion à partir de ce texte fondamental, post Seconde Guerre Mondiale. Depuis, je conserve un attachement très organique à ce texte de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, tellement j'en perçois l'importance et la portée, surtout en ces temps chaotiques que vit l'humanité, et ce, à de multiples égards.

La seconde raison tient au fait que j'ai un attachement profond et réel aux valeurs humanistes. Si ma formation philosophique, également reçue chez les Sulpiciens, à qui je dois tout au plan intellectuel, explique cet attachement, je dirais qu'un profond sentiment de justice (dans le sens d'équité et de chances égales pour tous) qui m'habite depuis toujours, l'explique aussi.

La troisième raison, et je le mentionnais tantôt, tient au fait que nous vivons, en tant qu'humanité, des temps terriblement troubles, voire ténébreux, depuis près de vingt-cinq ans. Et que rien ne me permet d'être optimiste pour l'humanité, quand bien même j'entends en quelque part dans ma mémoire, les paroles de Hubert Reeves me suggérant le contraire. Je ne vais pas énumérer ici la longue liste de tout ce que je trouve d'inquiétant pour l'humanité, celles et ceux qui me lisent savent de quoi il en retourne, je dirais simplement qu'un bon coup de prise de conscience par cette humanité est devenu un impératif, afin qu'elle se ressaisisse et corrige la trajectoire de son cheminement présent; car si elle ne change pas de manière radicale, cette trajectoire lui sera fatale, et ce à très court terme.


Pour qu'un tel coup de prise de conscience puisse se faire, je crois que toute personne appelée à jouer un rôle important en société, autant comme citoyen ordinaire, chef d'entreprise, intellectuel, scientifique, fonctionnaire, membres des forces de l'ordre, militaire, syndicaliste, politicien, chef d'État ou n'importe qui d'autre accomplissant son devoir d'état, devrait connaître ce texte de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme par cœur et l’avoir à cœur en tout temps, et que toujours il lui soit présent à l'esprit, quoiqu'elle ou il fasse dans sa vie quotidienne.


L'exemple de la vie de ce géant que fut Jean Béliveau, que nous avons salué de manière collective aujourd'hui pour une dernière fois, ne montre-t-il pas ce type de conscience humaine que ce grand texte de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme devrait susciter, partout dans le monde?

lundi 2 décembre 2013

Aristote, l'âme et le politique...

Citation du jour: « Le politique doit posséder une certaine connaissance de ce qui a rapport à l’âme »
- Aristote, philosophe grec de l'Antiquité; extrait de l'Éthique à Nicomaque.

Tout politicien qui ignore, volontairement ou non, cette affirmation du Stagirite, n'est pas au service du bien suprême dans la chose publique. Et de ce fait, si un politicien n'est pas au service du bien suprême dans la chose publique, ou bien il est au service d'intérêts tiers qui n'ont rien avoir avec la chose publique, ou bien il est au service d'un pur ego.

- Normand Perry, 2 décembre 2013.

Aristote sur Wikipédia

Aristote de Raphaël
(1510-1511, fresque du Vatican)